ÉPISODE 4
NÉ DANS LES TÉNÈBRES : Briser le cycle pour la prochaine génération
TRANSCRIPTION EN FRANÇAIS
Transcription générée par intelligence artificielle, relue et corrigée par Jacques Bertrand. Les repères de temps renvoient à l’audio original.
[00:03] Des Italiens qui résistent à la mafia. Leur courage, notre inspiration. Voici le balado Omertà Overcomers, avec Jacques Bertrand.
[00:23] Beatrice Portinari, aujourd’hui sera différent. Comme tu le sais, ce balado parle de gens qui résistent à la mafia, en particulier des chefs d’entreprise, des leaders communautaires, des journalistes, et des femmes et des hommes du secteur public. Aujourd’hui, on va plonger à l’intérieur de la ‘ndrangheta. Les experts croient que c’est une des mafias les plus puissantes et les plus riches au monde, certainement en Italie. Je le dis même si je n’aime pas utiliser ce genre de qualificatifs, pour deux raisons. D’abord, je ne veux pas exagérer les choses, surtout quand elles sont très difficiles à mesurer. Ensuite, je ne veux pas faire plaisir à la ‘ndrangheta ni nourrir leur propre récit, même s’ils ne nous écoutent probablement pas. L’histoire d’aujourd’hui est donc fictive, comme toujours, mais elle s’inspire d’une personne réelle. Dans ce cas-ci, un homme né dans la ‘ndrangheta. Il est devenu capo, ou boss, puis il a fait quelque chose de rare et de très risqué. Il est parti. Je t’en dirai plus sur lui plus tard dans cet épisode, et tu trouveras plus d’information sur mon site web, omertaovercomers.ca. Voici maintenant l’histoire que j’ai préparée.
[01:39] Né dans les ténèbres, briser le cycle pour la prochaine génération. L’histoire de Massimo.
[01:47] Mon personnage principal est Massimo. Massimo a 42 ans et vient, disons, de Porto Fiore. Imagine une petite ville sur la côte ionienne. Massimo n’a jamais choisi la vie de la mafia. Il y est né, littéralement. Dans la ‘ndrangheta, la mafia calabraise, tout commence et tout finit avec la famille et les liens du sang. En tant que fils aîné d’un boss, tout le monde savait que Massimo serait un jour le chef. À 10 ans, il a tiré avec une vraie arme. 10 ans. Un enfant soldat pour la ‘ndrangheta. L’entraînement était brutal et violent. Il a appris à penser et à agir comme un mafioso. À 14 ans, on l’a envoyé battre le caïd du quartier, juste pour envoyer un message. À 19 ans, on lui a ordonné de tuer un buraliste du vieux port. C’était son grand test. Massimo lui a tiré trois balles dans la tête. Après ça, pendant des mois, il pleurait la nuit. Surtout, on lui avait fait croire qu’il faisait partie d’une société traditionnelle, honorable, et que la loyauté envers la ‘ndrangheta passait avant tout — y compris avant la famille. Son oncle Salvatore était le Capo Bastone, le boss de Porto Fiore. Quand la police a arrêté Salvatore, il a fait de Massimo le boss par intérim, surprenant tout le monde, parce que Massimo n’avait que 26 ans. Ce poste aurait normalement dû revenir à son propre père. Mais son père était trop imprudent, trop téméraire. L’oncle faisait plus confiance à Massimo. Puis l’oncle a été tué en prison par une autre faction de la ‘ndrangheta. Et maintenant, la famille exigeait vengeance, et on s’attendait à ce que Massimo défende la réputation du clan. Quand deux clans de la ‘ndrangheta s’affrontent, ça s’appelle une faida. Ces guerres peuvent durer des années et faire beaucoup de victimes. Lors d’une réunion tendue, le père de Massimo dit : « Il faut riposter maintenant ! » Massimo répond rapidement : « C’est moi qui décide quand on agit ! On frappera au bon moment. » Ses hommes ne le diront pas à voix haute, mais ils trouvent que Massimo est un peu trop mou. Mais il y a une raison à ça. Massimo déteste cette vie. Il est marié, deux enfants. Sa femme, Carolina, vient d’une famille honnête, et elle ne supporte pas d’être mariée à un mafioso. Ce n’est pas de sa faute. Au début, Carolina croyait que Massimo dirigeait simplement un garage. Jusqu’à ce qu’il lui dise tout. Maintenant, Carolina veut éloigner leurs enfants de tout ça. Elle multiplie les ultimatums envers Massimo, mais il se sent complètement coincé. Puis, un dimanche, dans un restaurant — un endroit qu’ils possèdent, à la plage — une chanson passe et Massimo craque. « C’est pire qu’Hotel California, dit-il. On ne peut pas s’enregistrer et on ne peut pas partir. » Carolina se met à pleurer. Le lendemain, Massimo rentre à la maison et trouve Carolina et les enfants partis. La femme du Capo s’est enfuie avec leurs deux enfants. Maintenant, tout le monde pense que Massimo est faible. Son père, Eduardo, est furieux. « Tu n’as jamais rien su gérer ! Les enfants doivent rester ici, avec toi ! Elle va payer pour nous avoir humiliés ! » À ce moment-là, Massimo est pris entre deux mondes, et les deux s’effondrent.
[05:33] Massimo sait que tout le clan l’observe. Son père est très inquiet. Dans la ‘ndrangheta, quand quelqu’un enfreint les règles, c’est sa famille qui peut en payer le prix. Massimo invite son père à discuter dans un endroit tranquille, à la campagne. Il lui dit : « Je pars. » Eduardo hurle : « Jamais ! Tu vas tous nous faire tuer ! » Massimo se tourne pour partir. Eduardo crie. Il braque une arme sur lui. Massimo court se réfugier derrière un arbre, ils échangent des coups de feu, et son père est touché à la jambe. Depuis sa voiture, Massimo appelle alors un médecin, sachant qu’il ne reverra plus jamais son père.
[06:25] Massimo commence à collaborer avec les autorités. Pour les enquêteurs, c’est un très grand coup. La ‘ndrangheta est extrêmement difficile à combattre, parce qu’elle est bâtie autour de ces groupes familiaux appelés « ‘ndrina ». Très peu de membres de cette mafia ont un jour collaboré avec les forces de l’ordre. Massimo raconte tout ce qu’il sait sur la ‘ndrangheta. Au fil des années, il témoigne dans des procès qui envoient en prison plus d’une centaine de criminels. En retour, il obtient une réduction de peine pour ses propres crimes. Toute la famille est couverte par le programme italien de protection des témoins. Mais ils ne sont pas seuls. Les parents de Carolina et ses deux sœurs ont dû déménager, eux aussi. C’était tout simplement trop risqué pour eux de rester en Calabre. Ils reçoivent un peu d’aide gouvernementale — le loyer, une certaine protection policière — mais composer avec les autorités et la bureaucratie est un cauchemar. Au début, on les envoie à Nettuno, une ville au sud de Rome. Les deux familles s’installent dans de petits appartements sur une rue tranquille, et elles restent à l’intérieur autant que possible. En allant au marché le matin, Carolina salue souvent une vieille dame assise dehors. Un jour, la femme lui dit : « Tu as fait ce qu’il fallait. » « Comment ça ? » « Tu as quitté la mafia. Je le sais, parce que ton appartement est réservé aux pentiti. » Carolina panique. Elle rentre à la maison et dit à Massimo : « Il faut déménager, maintenant ! » Au cours des 12 années suivantes, ils déménagent sans arrêt, changeant parfois de ville deux ou trois fois par an, sans aucune explication de la part de ceux qui prennent ces décisions. Et fait étrange, ils n’obtiennent jamais de véritables nouvelles identités. Seulement des cartes d’identité avec des noms différents, mais sans papiers qui correspondent. Dès qu’ils ont affaire à des écoles ou à des bureaux gouvernementaux, ils doivent utiliser leurs vrais noms. Alors des gens clés — les médecins, les directeurs de banque, le curé — savent qui ils sont. Par exemple, Carolina ne peut pas travailler comme hygiéniste dentaire, parce que son faux nom ne correspond pas à ses diplômes. Pour quelqu’un comme elle, qui n’a jamais rien fait de mal, ça ressemble à une punition. Les enfants, Stefano et Manuela, vivent ça difficilement aussi. Toujours de nouvelles écoles, il faut sans cesse inventer des histoires pour leurs nouveaux amis. Et la sécurité ? Ils regardent constamment par-dessus leur épaule, inquiets que la ‘ndrangheta finisse par les rattraper. Mais Massimo apprend à ses enfants à repérer le danger. Un jour, après l’école, Manuela pense qu’un homme la suit. Elle entre dans un café et appelle son père. Massimo arrive en vitesse. Il observe l’homme à distance et appelle les carabiniers. Il s’avère que l’homme n’a pas de casier judiciaire, mais il vient bel et bien de leur ville natale en Calabre — alors on les déménage encore une fois, cette fois dans une maison de campagne glaciale, sans internet.
[09:48] Massimo est né dans une famille de la mafia. Mais cette vie-là n’était pas pour lui. Il a quitté la ‘ndrangheta, il a collaboré avec la justice, et il a passé du temps en prison. Des années ont passé, et lui et sa famille espèrent toujours vraiment recommencer une nouvelle vie. Ça se révèle être un cauchemar sans fin, surtout pour les membres de la famille qui n’ont jamais enfreint la loi. Beatrice, voici une petite note sur les collaborateurs de justice, souvent appelés « pentiti », une étiquette péjorative. Les collaborateurs de justice peuvent avoir un impact énorme. Au milieu des années 80, le célèbre juge d’instruction Giovanni Falcone a amené Tommaso Buscetta à parler, et l’Italie a découvert que Cosa Nostra existait vraiment, comme une organisation bien réelle. 360 personnes ont été condamnées pour des crimes mafieux, à la fin du fameux Maxi-procès de Palerme. Les collaborateurs donnent aux enquêteurs un avantage majeur — des années d’informations de l’intérieur qu’ils n’obtiendraient jamais autrement. Si on pouvait chiffrer cette valeur, elle vaudrait des millions. En retour, bien sûr, ils obtiennent souvent une réduction de peine pour leurs propres crimes. Mais le programme italien de protection des témoins est critiqué pour ne pas soutenir suffisamment les collaborateurs. Souvent, le système semble se servir des collaborateurs sans leur donner une vraie chance de recommencer leur vie.
[11:42] Au début, j’ai dit que cette histoire s’inspirait d’un véritable collaborateur de justice. Il s’appelle Luigi Bonaventura. Luigi était boss de la ‘ndrangheta à Crotone, en Calabre. Il détestait avoir grandi comme soldat de la mafia, et il ne voulait pas de ce genre de vie pour ses deux enfants. Alors il a tout quitté. Je lui ai parlé pour la première fois il y a plusieurs années, sur Skype. Il m’a présenté sa femme et son fils, qui, je crois, fêtait ses 18 ans ce soir-là. L’histoire de Luigi est tellement impressionnante qu’un livre est paru en 2022, avec une préface du pape François. Ça n’arrive presque jamais. Bien avant François, j’ai travaillé au Vatican, responsable des enjeux mondiaux pour un organisme humanitaire. Alors je me suis demandé : pourquoi le pape s’impliquerait-il dans ce livre-là ? C’est simple. François croyait que les gens peuvent changer, pour le mieux. C’est exactement ce qu’a fait Luigi Bonaventura. Luigi et sa femme Paola ont même fondé un organisme pour parler de ce que vivent les collaborateurs, et pourquoi ils comptent dans la lutte contre la mafia. Il est sur TikTok, YouTube, Facebook, Instagram. Petit à petit, ils contribuent à changer la culture. Ces Omertà Overcomers sont extraordinaires. Si tu veux en savoir plus sur Luigi, visite mon site web. Merci beaucoup de m’avoir écouté.
[13:20] Merci d’être là aujourd’hui. Pour plus d’information, visitez notre site… omertaovercomers.ca. N’hésitez pas à écrire à Jacques à MyReaction@protonmail.com.
[13:37] Et s’il vous plaît, passez le mot en partageant cet épisode avec deux ou trois personnes. On vous remercie. A presto.
