ÉPISODE 1
DU COURAGE DERRIÈRE LE COMPTOIR : Les leçons d'un petit cafetier de Rome
TRANSCRIPTION EN FRANÇAIS
Transcription générée par intelligence artificielle, relue et corrigée par Jacques Bertrand. Les repères de temps renvoient à l’audio original.
[00:05] Des Italiens qui résistent à la mafia. Leur courage, notre inspiration. Voici le balado Omertà Overcomers, avec Jacques Bertrand.
[00:24] Beatrice Portinari, bienvenue ! Voici le premier de 20 épisodes, tous dédiés à toi, Beatrice. Ce balado parle d’Italiens courageux qui tiennent tête à la mafia. Dans la première partie de l’épisode, l’histoire est fictive, pour que je puisse rassembler différentes situations que vivent les Italiens confrontés au crime organisé. Dans la deuxième partie, je parle de gens réels, de cas réels. Pour beaucoup d’entre eux, la mafia rend la vie difficile et très dangereuse. Et pourtant, ils continuent. C’est étonnant, et c’est aussi inspirant. Je crois qu’à l’extérieur de l’Italie, nous pouvons apprendre de ce qui fonctionne là-bas, et aussi de ce qui fonctionne moins bien. Maintenant, un mot rapide sur moi. Pendant plus de 30 ans, j’ai travaillé avec des organisations de la société civile, et j’ai passé une bonne partie de cette période basé à Rome. Je dirigeais le service de plaidoyer mondial d’un réseau humanitaire basé au Vatican. Notre priorité était la paix et la justice économique dans le monde. Aujourd’hui, je vis au Canada, à Montréal, et un organisme à but non lucratif avec lequel je collabore soutient des victimes de violence organisée qui souffrent de traumatismes. Tout ce parcours m’a mené à ce balado. Il s’agit de comprendre et, quand c’est possible, de soutenir celles et ceux qui osent dire non à l’oppression — dans ce cas-ci, non au crime organisé. Alors, Beatrice, dans un épisode à venir, je t’expliquerai pourquoi je m’adresse à toi. Pour l’instant, laisse-moi te présenter ma première fiction avec quelque chose de bien réel dont tu te souviens peut-être. À Rome, il y avait ce chef mafieux du nom de Vittorio Casamonica. Il est mort en 2015. Ses funérailles n’ont pas été une cérémonie discrète comme les autres. Ça s’est transformé en un spectacle grandiose. Des centaines de personnes se sont massées devant l’église. Un hélicoptère a laissé tomber des pétales de rose sur la foule, et d’immenses affiches montraient Vittorio Casamonica déguisé en pape ! Et il y avait de la musique : on a joué le thème du film *Le Parrain*. C’était extrêmement gênant pour Rome et pour l’Église. Mais après cette célébration tape-à-l’œil, la police et les médias ont commencé à porter plus d’attention. Les choses ont commencé à changer, et de sérieuses enquêtes ont été lancées. Une grosse erreur des Casamonica a été de s’en prendre à un bar. Ils s’attendaient à ce que les propriétaires, un couple, gardent le silence. Mais ces deux-là ont fait l’inverse : ils ont parlé ! Dans la deuxième partie de ce balado, je reviendrai sur ce couple et sur la façon dont ils ont brisé l’omertà. Mais d’abord, voici cette courte histoire fictive, simplement pour qu’on puisse imaginer ce que les gens peuvent ressentir face au crime organisé.
[03:21] Du courage derrière le comptoir, les leçons d’un petit café de Rome. L’histoire de Noemia et Alex. Bon, faisons la connaissance de Noemia et Alex. Ils sont venus en Italie depuis la Roumanie pour une vie meilleure. Ils ont ouvert un bar, un café, à Rome, non loin des célèbres studios de cinéma de Cinecittà. Dans ce quartier de Rome, la vie est contrôlée par un clan — appelons-le les Calenda. Un matin, Noemia dépose son enfant chez la gardienne. Soudain, son téléphone sonne. C’est Alex. « Noemia, viens vite ! Ils ont tout détruit ! » Quelques minutes plus tard, Noemia arrive au bar. La scène est chaotique. Les tables sont renversées, les chaises brisées, et il y a du verre cassé partout. Alex est assis par terre, du sang sur le visage. « Qu’est-ce qui s’est passé ? » demande-t-elle. « C’étaient ces deux gars de la famille Calenda. Ils sont venus prendre un café, ils ont dit qu’il était mauvais. L’un d’eux m’a giflé devant tous les clients. Puis les choses ont dégénéré. Ils lançaient des bouteilles partout. J’ai essayé de les arrêter, mais ils m’ont écrasé la tête contre le mur. Je pense que j’ai le nez cassé. » « Personne ne t’a aidé ? » demande Noemia. « Non, les clients ont eu peur et sont partis en courant. » Noemia appelle une ambulance et la police. Puis elle prend la mesure des dégâts. Ce bar, c’était leur rêve. La police les comprend — ils connaissent les Calenda. Grâce aux caméras de surveillance, ils identifient rapidement les deux hommes responsables de la violence. On les voit provoquer Alex, le frapper, puis saccager tout l’endroit. Une fois leur méfait accompli, les membres du clan sourient à la caméra, font un geste obscène, et s’en vont. Ils sont visiblement convaincus d’être invincibles. Qu’ils peuvent s’en tirer, quoi qu’ils fassent. Ce soir-là, à la maison, Noemia et Alex sont encore sous le choc. Leurs émotions passent de la tristesse à la peur, puis à la colère. Alex, le nez bandé, dit à Noemia qu’il faudrait peut-être retirer la plainte. Noemia le regarde. « Quoi ? On ne peut pas les laisser s’en tirer comme ça. » Alex pointe son visage du doigt. « Pense à ce qui pourrait arriver si on continue ! Ils pourraient revenir, et ce serait pire. » « Si on abandonne, ça ne finira jamais ! » insiste Noemia. « Ils vont revenir au bar, prendre ce qu’ils veulent, et bientôt exiger de l’argent de protection. » « Je sais, dit Alex, mais ici, les gens comme nous se taisent, et il y a une raison à ça. Ils ont peur. » Noemia lui répond : « Moi aussi j’ai peur, Alex, mais si on ne se lève pas maintenant, on vivra dans la peur pour toujours. C’est ça, la vie qu’on veut ? » « Non, bien sûr que non, dit Alex, mais il faut être réalistes. On ne peut pas risquer tout ce qu’on a bâti. » « Tu te souviens pourquoi on est venus ici ? » insiste Noemia. « On a quitté la Roumanie pour une vie meilleure. On va laisser ces criminels détruire notre rêve ? » Alex répond : « Je ne veux pas abandonner notre rêve, mais si porter plainte empire les choses ? » « C’est possible, admet Noemia, mais si on ne le fait pas, on les laisse gagner. On ne peut pas laisser la peur contrôler nos vies. Il faut croire en la justice, et croire que des gens de bien vont nous appuyer. » « Mais si personne ne le fait ? » demande Alex. « Alors on sera les premiers », répond-elle. « On va montrer aux autres qu’il est possible de tenir tête à ces brutes. On ne peut pas les laisser nous voler notre dignité et notre avenir. »
[07:01] Toute la nuit, Alex y pense. Il n’est qu’à moitié convaincu, mais vers 3 heures du matin, il réveille Noemia. « D’accord, montrons-leur qu’on n’a pas peur. Même si on a peur. » Avec un mélange de peur et d’espoir, le couple se décide enfin à affronter ce qui viendra. Ils savent que d’autres ont essayé avant eux et ont été profondément déçus. Ils espèrent simplement que ça ne leur arrivera pas à eux aussi. L’histoire de Noemia et Alex fait rapidement les manchettes. Elle donne des dizaines d’entrevues. C’est un récit qui frappe : une femme, une immigrante, qui tient tête à un puissant clan mafieux réputé pour sa brutalité. Et tout ça se passe à Rome, la capitale, pas dans le sud de l’Italie.
[07:49] Avant la réouverture du bar, alors qu’ils sont encore en train de nettoyer les dégâts, un visiteur se présente. Il est grand et impose le respect. Il regarde autour de lui, l’air embarrassé. « Je m’appelle Paolo Calenda », dit-il. « Je suis vraiment désolé. L’un des responsables, c’est mon frère. Il a des problèmes de drogue et il a déjà été en prison. » Noemia et Alex écoutent en silence. « Mon frère est quelqu’un de bien, poursuit Paolo. Il essaie de reprendre sa vie en main. Il a quatre jeunes enfants, et sa femme l’a quitté il y a un mois. » Noemia l’interrompt. « Je suis désolée pour votre frère, mais lui et son ami ont fait beaucoup de mal. Regardez le visage de mon mari. » « Je sais, répond Paolo. Je suis venu m’excuser au nom de notre famille. On n’est pas aussi mauvais que les médias le disent. Si mon frère se fait arrêter de nouveau, ça pourrait le détruire. » Paolo sort une enveloppe. « Est-ce que 20 000 euros pourraient régler la situation ? » Noemia sent qu’Alex pourrait être tenté de dire oui, alors elle répond aussitôt : « 20 000 ??? Ça ne couvre même pas la moitié des dégâts ! » Paolo dit : « Bon, je vous donne 40 000… si vous retirez la plainte. » Avant qu’Alex ne puisse parler, Noemia dit fermement : « On n’acceptera jamais votre argent. Il vient de la drogue et de l’extorsion de gens comme nous. » Paolo la fixe de ses yeux sombres. La tension est palpable. Alex, malgré son nez cassé et sa carrure plus modeste, s’approche de Paolo, essayant d’avoir l’air sûr de lui. Après un moment, Paolo dit simplement : « D’accord. Souvenez-vous juste de mon offre. » Il tourne les talons et s’en va. Seul avec Noemia, Alex explose. « Noemia ! Tu viens de refuser 40 000 euros ! » « Je sais, et on a fait ce qu’il fallait ! S’il était prêt à nous donner 40 000, c’est parce qu’il sait qu’ils ont des ennuis. Je l’ai vu : il a bien regardé les caméras. Il comprend que la police a des images. C’est à leur tour d’avoir peur. »
[10:00] Le couple rencontre un avocat qui leur explique qu’en effet, les Calenda ont de bonnes raisons de s’inquiéter. « Une mafia avisée évite l’attention publique », explique l’avocat. Quand le public commence à se demander ce que fait la police, les autorités passent parfois à l’action. Et elles ont plusieurs façons de perturber les activités d’un clan. Elles peuvent renforcer la surveillance, perquisitionner les lieux liés au clan, lancer des enquêtes financières, encourager des gens à témoigner contre le clan, et procéder à des arrestations, même pour des infractions mineures. Dans un quartier donné, ça peut faire reculer le marché de la drogue, au moins pour un temps. Et dans ce cas-ci, la police peut arrêter les deux voyous qui ont commis l’agression devant les caméras. Pendant ce temps, Paolo Calenda se demande ce qu’il peut faire maintenant que Noemia a refusé son argent. Peut-être qu’il n’est pas trop tard pour l’intimider. Il envoie ses hommes au bar, parfois jusqu’à dix à la fois. Ils ne font rien d’illégal, ils s’assoient simplement, boivent un café, parlent fort — mais c’est suffisant pour effrayer les clients habituels. Quand ça se produit, Alex envoie un message à la police, qui dépêche une voiture de patrouille. Ce petit manège dure dix jours, jusqu’à ce que la police annonce l’arrestation des deux brutes pour ce qu’elles ont fait au bar. Noemia et Alex ont maintenant un statut différent, et les Calenda ont un choix à faire : se fâcher et empirer les choses, ou faire profil bas s’ils ne veulent plus d’ennuis avec la police. Le clan choisit de les laisser tranquilles, du moins pour l’instant, si bien que Noemia et Alex peuvent poursuivre leurs activités. La visibilité et la reconnaissance publique agissent comme un bouclier qui les protège, mais seulement jusqu’à un certain point. Soyons réalistes : la peur ne disparaît jamais vraiment, parce qu’on ne peut jamais être certain qu’un autre mauvais coup n’arrivera pas un jour.
[12:27] Beatrice, écrire une histoire comme celle-ci, c’est une façon d’explorer l’état d’esprit des gens qui résistent à la mafia. Mais leur réalité est beaucoup plus complexe que ce que je peux décrire en quelques minutes. Comme je le disais au début, cette histoire s’inspire d’un cas réel. Roxana et Marianne Roman étaient propriétaires d’un bar dans le sud de Rome. Elles ont vécu la brutalité du clan Casamonica. Le dimanche de Pâques 2018, deux hommes ont saccagé le bar de Roxana et agressé son mari ainsi qu’une cliente. Roxana est allée voir la police. Les agresseurs ont été emprisonnés, l’un d’eux pour six ans. Le courage de Roxana lui a valu le titre de Cavaliere della Repubblica, décerné par le président de l’Italie. Tu trouveras plus d’information à son sujet sur omertaovercomers.ca. Ça ressemble à une fin heureuse, mais il faut voir le contexte plus large. À cette époque, le clan Casamonica subissait beaucoup de pression de la part des autorités. Après les funérailles tape-à-l’œil de Vittorio Casamonica en 2015, le clan s’est retrouvé au cœur d’enquêtes sérieuses. Des arrestations ont eu lieu, et en 2021, 44 membres haut placés de cette organisation ont été condamnés à un total de plus de 400 ans de prison. C’était Rome, la capitale, là où un clan arrogant était allé trop loin.
[14:03] Merci d’être là aujourd’hui. Pour plus d’information, visitez notre site… omertaovercomers.ca. N’hésitez pas à écrire à Jacques à MyReaction@protonmail.com
[14:20] Et s’il vous plaît, passez le mot en partageant cet épisode avec deux ou trois personnes. On vous remercie. A presto.
